Lumineux-Champollion
  Lumineux-Champollion

“ … Je me livre entièrement au Kopte. (…) Je veux savoir l’égyptien comme mon français parce que sur cette langue sera basé mon grand travail sur les papyrus égyptiens. (…) Mon kopte va toujours son train et j’y trouve vraiment de grandes jouissances car tu dois bien penser que de parler la langue de mes chers Aménophis, Sethosis, Rammesès, Thoummosis n’en est pas une petite. (…) Quant au copte, je ne fais que cela. Je ne rêve que copte, égyptien. (…) J’ai fait 1) une grammaire thébaine-saïdique (la seule qui existe. 2) une memphitique. 3) la       concordance des deux dialectes. 4) j’ai trancrit la grammaire saïdique en arabe, d’un manuscrit copte. 5) j’ai copié les textes. 6) j’ai fait la lettre « A » d’un       dictionnaire sahïdique (il n’en existe point). 7) j’ai parachevé  sept lettres d’un dictionnaire memphitique par racines. (…) Je suis si Copte, que pour m’amuser je traduis en copte tout ce qui me vient à la tête ; je parle copte tout seul (vu que personne ne m’entendrait). C’est le vrai moyen de me mettre mon égyptien pur dans la tête. Après cela j’attaquerai les papyrus et grâce à mon héroïque valeur, j’espère en venir à bout. J’ai déjà fait un grand pas selon moi, le copte est la plus parfaite et la plus raisonnée langue connue…“

                                                     Lettres à son frère.  Jean-François Champollion

 

Jean-François rentra rue de L’échelle. Il venait de poster une lettre à son frère :

 

“ Je suis seul. Dans l’état où je me trouve, quoiqu’environné de personnes d’un commerce agréable, d’objets relatifs à mes goûts, je ressens un vide affreux.         L’étude et le travail seuls absorbent mon esprit et mes pensées…“

                                       In CHAMPOLLION, une vie de lumières, Jean Lacouture.

 

 

Il entama la montée des quatre étages menant à son bien modeste logis lorsqu’au niveau du deuxième palier, il       entendit une voix l’appeler :

- Monsieur Jean-François, ohé, est-ce vous ?

Il se penche à la rambarde.

- Oui mère Mécran…

Lorsqu’il s’agit d’argent, Madame Mécran semble retrouver la forme et l’ouïe de ses vingt ans. Elle s’élança dans la cage d’escaliers, grimpa les marches deux par deux avec une agilité que l’on ne lui soupçonnait plus depuis des lustres, et réussit à éructer à bout de souffle :

- Bonsoir mon p’tit, Et vos loyers de retard ? Et not’contrat ? Les temps sont durs… Penserez à rappeler mon souvenir à vot’frère ! Capito ?

- Capito, capito… Pensa Saghir. Tout ça pour ça ? Il n’eut pas le temps de lui répondre que déjà elle tourna talons et       redescendit les deux étages façon “Mère Mécran“ cette fois, marche par marche, balourde, pestant dans ses moustaches, diffusant dans l’air l’odeur de tout son travail journalier.

 

Il attendit que la porte de la loge se referme avec fracas,       comme souvent dans pareilles occasions, pour entrer dans sa chambre.

 

Il ôta sa veste, ses bottes, se passa le visage à l’eau,     s’accouda sur le rebord de la cheminée devant le trumeau et pour la première fois depuis longtemps, il se fit face. Il       considéra longuement son image que le miroir lui renvoyait.

- C’est  donc toi, l’égyptien.

Il frotta son menton du dos de sa main, constata les       picotement d’une barbe de plus en plus dure, signe que son visage se virilisait un peu plus. Il remarqua également que     son teint olivâtre s’éclaircissait légèrement ; il changeait.  Sa beauté d’enfant revêtait la force de l’homme.

Puis il recula,  inspectant son apparence :

- Il faut que je parle à Jacques-Joseph de ma tenue ; mes     gros bas de coton aux jambes, mon seul gilet noir et mon vieil habit à la provinciale me montre de la mauvaise façon en soirée. Mes habits amples et à longues tailles me font paraître lourdaud, un vrai sans-culotte sans ses principes ni               intentions.

 

Il s’assied à sa petite table, prit une plume, du papier…

 

Mon cher frère

 

«  Le lundi, à huit heures et un quart, je pars pour le Collège de France où j’arrive à neuf heures : tu sais qu’il y a beaucoup de chemin : c’est place Cambrai, près du Panthéon. À neuf heures, je suis le cours de persan de Monsieur de Sacy, jusqu’à dix heures. Comme celui d’hébreu, de syriaque et de chaldéen se fait à midi, je vais de suite chez Monsieur Audran, qui m’a proposé de me garder chez lui les lundis, mercredis et vendredis, depuis 10 heures jusqu’à midi. Il reste dans       l’intérieur du Collège de France. Nous passons ces deux heures à causer langues     orientales, à traduire de l’hébreu, du syriaque, du chaldéen et de l’arabe. Nous consacrons toujours une demi-heure à travailler à sa « grammaire chaldéenne et syriaque ». À midi, nous descendons et il fait son cours d’hébreu. Il m’appelle le « patriarche de la classe » parce que je suis le plus fort. (…) En sortant de ce cours, à 1 heure, je traverse tout Paris, et je vais à l’École Spéciale suivre à 2 heures le cours de Monsieur Langlès, qui me donne des soins particuliers. Nous parlons aux soirées.

Le mardi, je vais au cours  de M. de Sacy à 1 heure à l’École Spéciale. Le mercredi, je vais au Collège de France à 9 heures ; à 10, je monte chez M. Audran. À midi, je vais à son cours. À 1 heure je vais à l’École Spéciale (deux heures) pour le cours de M. Langlès ; et le soir à 5 heures je suis celui de Dom Raphaël, qui nous fait       traduire les fables de La Fontaine en arabe.

Le jeudi à 1 heure le cours de M. de Sacy. Le vendredi, je vais comme le lundi au Collège de France et chez MM. Audran et de Sacy. Le samedi, chez M. Langlès à 2 heures… Je me suis beaucoup échauffé, je vais prendre quelques bains qui me       donneront assez de forces pour continuer mes cours. »

                                           In Champollion, une vie de lumières. Jean Lacouture

 

 

P.S.

Mes cours à Saint-Roch avec Hanna Chiftiki se font en deux parties : 1) du       vocabulaire écrit sous sa dictée, comparaisons des racines coptes, arabes,         chaldéennes, syriaques, hébraïques. 2) discours et répétitions orales (en       marchant) ! Car Geha dit que le sang circulant dans notre corps permet à notre     tête un meilleur apprentissage, travail de mémoire sans écrits comme le faisait nos druides gaulois. Nous empruntons toujours la même route vers la place de la Concorde. Il m’a montré la fenêtre  du premier étage rue Saint-Honoré à l’angle de la rue du Roule où David y étant assis, avait fait arrêter la charrette menant Marie-Antoinette à sa mort pour la croquer en un rien de temps. Tu me connais et n’étant point trop ravi d’histoires ensanglantées, je me suis vite remis à mon copte… Nous avons traversé le tout nouveau pont reliant les deux rives du fleuve Seine partant de cette place. Il a été construit entièrement avec les pierres de la prison de la Bastille (nous avons donc piétiné la Royauté !). Je dois te dire (sans vouloir t’inquiéter) qu’à chaque visite ici je ne me sens pas très bien. Lorsque cette crise arrive, nous nous reposons contre le mur d’un fossé. Il me dit de fermer les yeux, de respirer profondément, et quelques instants après je sens le sol trembler légèrement sous moi. Ma tête est pleine de bruits, comme des roulements, puis il me semble entendre des noms : le nôtre ! Champollion, et étrangement,  le         second que je perçois est celui de… Concorde. Alors je rouvre les yeux en me       disant que quelqu’un m’appelle ou prononce ce nom devant nous. Je regarde autour de moi, et je vois des gens qui passent, se promènent, mais cela ne vient pas d’eux. Hanna est très gentil, bien que je suppose qu’il y comprenne quelque chose, lui !  Il attend (ou fait mine d’attendre) que mes émotions s’effacent, puis   retour par les Tuileries jusqu’à Saint-Roch (en langue copte) !

                                                     P. S. de pure fiction imaginée par l’auteur Patrick Kararsi

 

 

“En entrant, le jeune homme perçut une odeur d’encens, qui lui parut plus suave que     l’haleine des anges“.

                                                                      Les fils de la Médina Naguib Mahfouz

 

 

Mon très cher frère,

Sais-tu combien notre monde est surprenant ! Il y a peu, Hanna me convia à me rendre avec lui chez un ami qui me serait utile dans mon travail. Nous arrivâmes rue Pavée au numéro 3, nous franchîmes le porche, gravîmes les trois étages. Là, une porte entrebaillée laissait échapper une forte odeur d’encens qui m’a             transporté  aux temps des milles et une nuits. Hanna entra, suivi par moi, et tu ne devineras jamais qui nous attendait… Dom Raphaël de Monachis !

Il me salua avec force profusion, m’appelant ibni (ô fils). Ces deux-là m’avait bien dissimilé leur amitié !

 

« Mes mercredis soirs chez Millin me ravissent autant qu’ils m’instruisent. Sais-tu par exemple que d’avoir un cordon ou un ordre, cela donne soif ! Du moins c’est ce que j’y remarque et les discussions s’éteignent près de minuit en même temps que les buffets. »

                                            In Champollion, une vie de lumières. Jean Lacouture

 

 

Paris                                

Paris, contre une messe,     

Paris, détruit ma mine,                  

Paris, n’est que bassesse,             

Paris, là est  ma ruine.            

Paris, c’est ma détresse,              

Paris, vois, ici je me termine,              

Et à ton poème, je n’ai pas ris.

 

« … J’ai eu bien mal au côté. L’air de Paris me mine, je crache comme un enragé et je perds ma vigueur. Ce pays-ci est horrible, on a toujours les pieds mouillés. Des fleuves de boues (sans exagération) courent dans les rues, et sur ce je       m’ennuie à mourir. Pour me distraire je vais me promener Dieu sait comment, et je bâille tout le long : sic status rerum ! haec Deus otia facit. »

                                            In Champollion, une vie de lumières. Jean Lacouture

 

 

«  Mon très cher frère, voilà huit jours que je n’ai pas reçu de tes nouvelles ni aucune lettre de qui que ce soit. Je souffre en pensant que tu es malade ou qu’il t’est arrivé quelque chose de désagréable. (…) Mon ennui redouble de jour en jour et je perds la tête dans certains moments surtout depuis que tu ne m’écris plus, ni toi ni Zoé ni personne… »

                                            In Champollion, une vie de lumières. Jean Lacouture

 

                                                                                                   Suite page 6

MISSION CHAMPOLLION

 



Par Patrick Kararsi

  

   

Statue de Bartholdi – Collège de France .   « Je veux consacrer ma vie à l’antique Egypte. » JF Champollion. Statue de Bartholdi – Collège de France . « Je veux consacrer ma vie à l’antique Egypte. » JF Champollion .
JFC par Mauzaisse 1830 (Copie, don de Mr Hervé Champollion) JFC par Mauzaisse 1830 (Copie, don de Mr Hervé Champollion)
JFC par Rougé JFC par Rougé
JFC par Étex JFC par Étex
JFC à l'IFAO au Caire JFC à l'IFAO au Caire
JFC JFC
JFC par Mme de Rumilly 1823 JFC par Mme de Rumilly 1823
JFC par Angelelli 1836 JFC par Angelelli 1836
Hermine Hartleben 1ère biographe de JFC 1906 (Don de Mr Martin Hartleben) Hermine Hartleben 1ère biographe de JFC 1906 (Don de Mr Martin Hartleben)
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