Lumineux-Champollion
  Lumineux-Champollion

                                         

          “On est un génie dès la naissance ou on ne l’est pas“.

                                                       KIEKEGAARD

 

 

 

Figeac, jeudi vingt-trois décembre 1790, sept heures   au matin...

 

Avant qu’il ne sorte de sa maison située dans la rue Caviale, Pierre-Louis Soulhol, ajuste hautement son col, enfonce son chapeau jusqu’à faire disparaître son front, cale sa serviette de cuir sous un bras, prend soin d’enfiler ses gants car au dehors, tout n’est que neige, tout n’est que vent.

L’aube tarde à venir. Il allume sa lanterne, tâtonne   du bout de sa botte cherchant à localiser le nez de la marche. Les ténèbres règnent sans partage sur cette armée de flocons qui ouate sa ville. Il a beau plisser   les yeux, c’est à peine s’il voit sa main devant son     visage.

Fichtre, se dit-il, décidemment, rien ne s’oppose à la   nuit, ni lumière, ni moi, ni le temps, ni les éléments.

Il fait trois pas, se bat pour rallumer sa lampe qui   venait de s’éteindre, puis d’une main hésitante       adresse un baiser à son épouse Anne-Madeleine qui le regarde inquiète de la fenêtre du premier étage.   Enfin il marche en direction de la place basse, longe la grande halle, vire à droite dans la rue de la mairie dont il a conqui le sella curulis il y a quatre jours à   peine.

Il progresse avec grand mal contre vent et névés     s’enlisant dans ces dunes de neige dont l’épaisseur   par endroit frôle la hauteur de ses bottes. Sera-ce   avant l’heure la grande terreur?

Mais il est ancien conseiller du Roi, juge criminel de la sénéchaussée de sa ville et en homme de loi, rien ne pourrait le contraindre à ne pas rester droit, ni les hommes, ni l’effroi, et surtout pas le grand froid.

 

 - Monsieur le maire, ohé Monsieur le maire !

Il se retourne, tendant oreille et lanterne. Une petite ombre fend l’invisibilité à toute allure…

 -Monsieur le maire !

 -Ah mon Jacquo c’est toi !

 -Oui Monsieur le maire…

 -Que t’arrive t-il donc pour braver un pareil temps en cette heure ?

 -Il est né cette nuit !

 -Qui donc ?

Mon p’tit frère Monsieur le maire, j’ai un p’tit frère!

 -Brave nouvelle! Il plût donc à Dieu mon Jacquo ! Je vais au Puy voir l’abbé… Tiens, porte ma sacoche à la mairie, voici les clés, je passerai ensuite les récupérer chez toi, j’en profiterai pour féliciter ta maman et ton papa… Allez, va petit, fais ça pour moi et rentre vite…

Le petit Jacques-Joseph Champollion s’élança dans la rue de la mairie, sautant à cloche pieds, s’arrêtant   pour faire des boules de neige de ses mains rougies   par le froid et les envoyer au ciel en chantonnant:   “je suis fièreuh, je suis grand frèreuh, je suis fièreuh, j’ai un p’tit frèreuh!

 -Ohé Jacquo ! N’égare point ma sacoche et mes clés ! Le petit disparut dans le vent blanc.

Pierre-Louis Soulhol se sentit touché par la joie de     Jacques-Joseph Champollion.

 - Ma première naissance en tant que maire, pensa t- il…

Les yeux tout illuminés de ce petit l’émouvaient. Il se revoyait au même âge, sérieux et joyeux, avec mille   envies de tout apprendre et d’apprendre de tout.

Ces saintes écritures administratives                 révolutionnaires pèsent décidemment trop lourd sur mon temps, ce petit Jacques-Joseph est réfléchi,     dégourdi, il lit, écrit déjà très bien et ma foi, pourrait être utile à la mairie…

Soudain il manque de tomber. Cette glissade le         réveille, la journée s’annonce rude…                   -J’espère que Champollion père a reçu à sa librairie la presse et les décrets des nouvelles orientations     politiques et judiciaires de la dernière Assemblée     Constituante. La fête du 14 juillet, les départements,   la liberté de la presse, hum, faut voir, mais là, un     clergé constitutionnel…  Mon pauvre Bousquet       devenu fonctionnaire… Et le maire dodelinant de la tête se disait : ça va pas lui plaire, ça, ô que non, ça va pas lui plaire…

Il traverse maintenant la place haute puis tourne à droite rue Boutaric. Vent et flocons s’acharnaient   toujours quand subitement plus rien. Il est soulagé, toujours droit dans ses bottes, mais sous elles des     crissements…

Tient, par exemple se dit-il, du sable…

Il arrive enfin au parvis de Notre-Dame-du-Puy. Il tape ses bottes l’une contre l’autre, pousse la porte et souffle un peu…

 -Nom de Dieu, suis gelé…  Oh, Pardon mon père, vous étiez  là,  cela m’a échappé…

Il ôte ses gants, frotte son visage  glacé, trempe ses doigts dans le bénitier puis se signe.

 -Mon brave Soulhol, vous êtes blanc comme un ours du pôle glaciaire!

 -En parlant d’ours, pardon d’avoir pêché devant vous, l’abbé !

 - Oui j’ai entendu… Vous invoquiez le nom de notre Dieu, est-ce bien cela ? Dites-moi tout mon fils, les   voix du Seigneur sont impénétrables savez-vous,     mais point la vôtre !

Ils rirent ensemble à ce bon mot…

 -Alors père Bousquet, cette crèche, ça avance ? (Le maire n’osait aborder la loi nouvelle.)

 -Oui mon fils, notre Seigneur Jésus le Christ naîtra   bien demain à minuit, à moins que…

 - À moins que quoi mon père ?

L’abbé Bousquet ôta son chapeau et se lissa les         cheveux.

 -À moins que… Refusant d’adhérer à l’acte       constitutionnel(3), notre seigneur Jésus Christ ne soit considéré lui aussi et de facto comme “réfractaire“   Monsieur le maire, et donc en tant que premier       officier de police, vous ne soyez obligé de procéder à son arrestation dès sa naissance… Voudriez-vous   d’un second Golgotha,  Ponce Soulhol?

 -Hum hum… (Le maire pour la première fois ne se sentit plus très droit dans ses bottes)

En parlant de naissance mon père, je viens de croiser le petit Champollion. Il était tout en joie vous savez…

 -Oh oui que je sais ! (L’abbé joignit ses deux mains) Quelle nuit ! Il est venu me réveiller, quatre heures venaient juste de sonner. -Préparez-vous mon père, vite préparez-vous, que j’vous présente mon p’tit     frère, qu’il criait…

 -Pas eu le temps de m’apprêter qu’ils étaient déjà là au Jourdain (baptistère)… Le père Champollion, sa   belle-sœur Dorothée, lui le petit Jacques-Joseph qui   tenait entre ses bras son bébé-frère si fort, et lorsqu’il l’embrassa au front, Ô quel charmant tableau…          

    

                                                                                                     Suite page 3

MISSION CHAMPOLLION

 



Par Patrick Kararsi

  

   

Statue de Bartholdi – Collège de France .   « Je veux consacrer ma vie à l’antique Egypte. » JF Champollion. Statue de Bartholdi – Collège de France . « Je veux consacrer ma vie à l’antique Egypte. » JF Champollion .
JFC par Mauzaisse 1830 (Copie, don de Mr Hervé Champollion) JFC par Mauzaisse 1830 (Copie, don de Mr Hervé Champollion)
JFC par Rougé JFC par Rougé
JFC par Étex JFC par Étex
JFC à l'IFAO au Caire JFC à l'IFAO au Caire
JFC JFC
JFC par Mme de Rumilly 1823 JFC par Mme de Rumilly 1823
JFC par Angelelli 1836 JFC par Angelelli 1836
Hermine Hartleben 1ère biographe de JFC 1906 (Don de Mr Martin Hartleben) Hermine Hartleben 1ère biographe de JFC 1906 (Don de Mr Martin Hartleben)
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