Lumineux-Champollion
  Lumineux-Champollion

1806,  Grenoble à court de voix.

 

 

L’intérêt pour l’antique Égypte de Jean-François           Champollion en cette année 1806 s’installe en lui au point   d’en devenir “exclusif“.

Certes, il est à court de munitions concernant le copte…   Mais déjà, dans les mots et noms grecs, hébreux, arabes,   systématiquement, il recherche l’égyptien.

 

 

Depuis longtemps il faisait des recherches sur l’alphabet hébreu ancien, auquel il attribuait une origine égyptienne, et jetait sur le papier nombre de notes pour une histoire de l’Égypte.

                                                  J.F. Champollion, sa vie son œuvre. H. Hartleben

 

 

La venue à Paris de Cadet se dessine. Figeac y rencontre   Aubin-Louis Millin, grand archéologue qui le persuade de le faire venir afin qu’il suive les cours d’arabe du baron   Sylvestre de Sacy et de persan de M. Langlès.

 

Été 1806, dame nature reprend son droit. Elle aussi veut   garder ce génie pour elle ; Jean-François et son nouvel ami Charles Renauldon essaiment la campagne autour du lycée afin d’agrémenter leurs herbiers.

 

 

Un jour qu’il expliquait avec une extrême alacrité les particularités les plus infimes d’une plante à son camarade Charles Renauldon, le père de celui-ci lui demanda s’il se destinait aux sciences naturelles, à quoi le jeune garçon lui répondit gravement que c’était pour lui un entremets, mais que le plat de résistance faute duquel il quitterait la table de la vie sans avoir assouvi sa faim, c’était l’exploration de l’antiquité égyptienne.

                                                  J.F. Champollion, sa vie son œuvre. H. Hartleben

 

18 août 1806, c’est la fin de l’année scolaire et le préfet       Fourier honore Cadet en mathématiques devant les         notables à son grand désarroi.

Jean-François réclame Paris mais Figeac, le sentant       encore trop “vert“, renonce à le faire partir.

 

“Balançant, indécis, mille projets confus se formaient dans mon cœur : tout à coup j’aperçus venir de l’Orient un ange de lumière…“

                     Lettre à son frère Jacques-Joseph  Jean-François Champollion

 

 

1807, l’Égypte aux tems* des Pharaons.

 

 

Dans le lycée d’Empire, on se devait d’aduler son       Empereur Napoléon, sauf lorsque l’on s’appelle… Jean-     François Champollion.

 

 

… Il ne participait nullement à l’adulation fanatique de l’Empereur qui prévalait     au lycée, jugeant au contraire les victoires sanglantes d’un conquérant avide de     gloire incompatibles avec la vraie grandeur d’un souverain“.

                                                J.F. Champollion, sa vie son œuvre.  H. Hartleben

 

 

“Pour vous trouver, pensez par vous-même.”

                                                     Socrate

 

“ L’acte le plus courageux est toujours de penser par soi-même. A haute voix.”

                                                                                              Coco Chanel

 

   

 

- Tu vois mon Auguste*, cela fait un petit moment que je constate que l’Égypte est partout première, que beaucoup, pour ne pas dire toutes choses viennent d’Elle, civilisation immense que l’on ne connaît encore point.

Prends la Grèce que tout le monde reconnaît comme notre modèle, et bien lis-cela :

 

 

 Mais l'un des plus vieux entre les prêtres de s'écrier : 
"Solon, Solon, vous autres Grecs, vous serez toujours des enfants ; il n'y a pas de vieillards en Grèce !"

- Que veux-tu dire ? Repartît Solon. Vous êtes jeunes par les âmes, répondit le prêtre, car vous ne possédez aucune       antique tradition, aucune connaissance blanchie par le temps.

 

- Alors, qu’en penses-tu ? C’est le Timée de Platon.

- Bah, comme toi !

- Hahaha ! Sacré Augustin ! Alors tu penses bien ! Allez, viens m’aider, la géographie de mon Égypte nous attend.

 

Le jeune Augustin Thévenet était si fier de “seconder“ ce brillantissime condisciple ; il le regardait se mouvoir dans ce cabinet empli de papiers, de dessins, de livres. Ce jeune   homme à peine plus âgé que lui paraissait avoir trois     têtes tant toute chose était si bien rangée dans son crâne. Jamais il ne le vit pris en défaut d’un lieu, d’un nom, d’une traduction.

Il s’inquiétait tout de même de sa santé et s’en ouvrit à Figeac

- Félicitations encore pour votre mariage Monsieur Champollion.

- Merci mon brave Augustin, alors cette géographie des Pharaons avance bien ?

-Oh que oui, même si je n’y suis pour rien,         heureusement d’ailleurs ! Heu…  à ce propos…

- Oui, je t’écoute, que se passe t-il ? Un problème ?

- En fait, Je n’osais vous en parler, mais hier encore Jean- François m’est tombé dans les bras de la façon que vous connaissez.

- Oh oui je sais, on m’en a déjà maintes fois parlé. Mais qu’y puis-je ? Tu l’as vu ? L’Égypte, l’Égypte, l’Égypte… il n’en dort plus ! Je suis obligé de me lever la nuit et de lui supprimer sa lampe, sinon, il ne dormirait jamais, tu     m’entends ? Ja-mais ! Bientôt, nous partirons pour Paris, et je crains le pire, à moins de le mettre sous surveillance, il récidivera ! Tu reconnais comme moi qu’il n’est pas     comme nous ?

Il est dans son monde, son ailleurs, et nous, nous n’y       aurons jamais accès, Hélas.

* tems : orthographe d’époque.

 

Grenoble, lycée impérial, 31 août 1807.

 

-Le premier prix de dessin ornemental est attribué à :     Jean-François Champollion !

 

Grenoble, salle de la Société des sciences et des Arts, 1er    juillet 1807.

 

 

- Chers amis, nous voici ici réunis en notre Académie afin d’écouter un jeune homme prometteur en tous points. Car la science, je devrais dire les sciences, vers lesquelles il s’engage et où il excelle déjà - la linguistique, l’archéologie, seront pour lui, pour nous, pour notre humanité scientifique  sources de découvertes,       d’étonnements, toute à la fois la clé ouvrant la porte d’une meilleure       compréhension du monde dans lequel nous évoluons et aussi, d’un émerveillement certain.

Nos savants revenus d’Égypte,  dont honneur et avantage nous sont faits ici à Grenoble en côtoyant l’un d’eux en la personne de notre cher Préfet Fourier, ont peut-être aujourd’hui trouvé en lui  leur plus éminentissime disciple.

Ses travaux nous prouveront maintenant et à jamais à quel point notre belle ville de Grenoble pourra être fière de son fils, dont la famille trouve ses racines dans le Valbonnais.

Jean-François Champollion-Jeune, je m’efface afin de vous laisser la place devant de cette assemblée qui n’attend comme moi qu’une chose, vous écouter…

                                                   (Discours introductif inventé par l’auteur P. K.)

 

 

Le président de l’Académie des Sciences et des Arts de Grenoble, Jacques Berriat-Saint-Prix, surnommé par Figeac “l’esprit“ réclama le silence.

Messieurs, Messieurs, Jean-François Champollion est prêt.

 

 

Augustin Thévenet, assis aux côtés de Figeac, était nerveux. Était-ce la chaleur de la salle ou son corps qui le brûlait ainsi. Il était terrifié et en même temps si fier de   voir son condisciple, son ami, presque son grand frère     debout devant cette impressionnante assemblée de       notables, de scientifiques, d’érudits. Son Jean-François, pas encore seize ans, regardait une dernière fois cette carte qu’ils avaient confectionnée à deux, enfin à deux, c’était vite dit ! Il lui fit un clin œil, et commença :

 

- Messieurs, merci de l’honneur que vous me faites de pouvoir vous présenter, ici, en votre Académie la première partie de mon travail sur la recherche de concordances entre des noms égyptiens, grecs, et arabes des villes au pays des Pharaons.

 

L’Égypte sous les Pharaons – ou RECHERCHES sur La   Géographie, La Religion, La Langue, Les Écritures et       L’Histoire de L’Égypte avant L’INVASION DE           CAMBYSE ;

                     Par M. CHAMPOLLION LE JEUNE.

 

 

 

“Je puis enfin soumettre au jugement du public la première partie d’un ouvrage que j’ai entrepris avant d’avoir terminé mes études classiques, et qui, par sa nature, peut occuper encore cinquante années de ma vie. J’ose espérer qu’on ne lui contestera pas du moins l’intérêt du sujet. Le titre en fait connaître les diverses parties ; il indique encore exactement les limites dans lesquelles j’ai voulu me renfermer, et dont les points extrêmes sont, d’une part, les tems primitifs de l’Égypte ; plus près de nous, l’invasion de Cambyse. Cette période historique est sans contredit l’un des plus mémorables dont les annales des tems aient conservé le souvenir. L’ensemble des monumens qui leur servent de preuves, sont également dignes des médiations du sage ; il trouvera long-tems encore une source féconde en résultats du plus haut intérêt, dans cette Égypte des Pharaons, si différente de l’Égypte des Perses, de l’Égypte des Grecs, surtout de l’Égypte moderne bien digne d’un meilleur sort.

Entraîné par l’importance de ce sujet, et consultant moins mes forces que mon zèle, je me suis livré sans réserve aux travaux assidus qu’il exigeait. J’ai eu pour but, dans la première partie, de faire connaître les noms égyptiens, grecs, arabes et vulgaires ainsi que la véritable position des lieux principaux de l’Égypte, et les monuments remarquables qui y existaient. La partie relative à la religion servira peut-être à fixer l’opinion générale sur ce point important des institutions sociales d’un peuple célèbre. Les recherches relatives à la langue et aux écritures diverses de l’ancienne Égypte, présenteront, sur les manuscrits égyptiens en lettres alphabétiques, des notions exactes qui, si je ne m’abuse point, permettront de tirer quelque parti de ces précieux monumens ; et sur les manuscrits qu’on appelle hiéroglyphiques, quelques données relatives à ce grand sujet ; et par là, il est facile de concevoir que l’histoire de l’ Égypte pendant l’espace de tems déjà indiqué, puisse trouver, dans la suite de ces recherches, des faits nouveaux propres à accroitre encore l’intérêt qu’elle ne cessera d’exciter….“

 

Le 1.er septembre 1807, le plan général de l’ouvrage, l’introduction à la partie géographique et la carte générale de l’Égypte, des Pharaons, furent présentés à la Société des sciences et des arts de Grenoble, qui voulu bien en faire mention sur ses registres. Peu de jours après, je quittai le Lycée de la même ville, où j’étais élève impérial ; et le 13 du même mois, j’eus l’honneur de communiquer ces mêmes documens à M. Langlès, à Paris, et presque en même tems à M. Sylvestre  de Sacy que j’eus dès-lors l’avantage d’entendre à l’école spéciale des langues orientales pour le cours d’arabe, comme M. Langlès pour le cours de persan. L’impression le l’ouvrage a été commencée le 1.er  septembre 1810.

 

 

Le docteur Henri Gagnon, grand-père de Stendhal, membre éminent de l’Académie demanda haut et fort que l’on nomme sur le champ Jean-François Champollion-le-Jeune membre correspond de celle-ci.

L’on était pris de court, Jean-François Champollion-Jeune n’avait point ses dix-sept ans.

Nul cas exceptionnel tel que celui-ci ne s’étant jamais produit, l’on préféra remettre à plus tard cette “intronisation“.

 

 

10 septembre 1807,  rue Saint-François…

 

La diligence pour Lyon, Paris, va partir, attention au départ !

Et alleeeezzzzz, Flichhhhhhh…  Le postillon fouetta l’air.

Charles Renauldon, Augustin Thévenet, Zoé Berriat-Champollion ; chacun, chacune agitait son petit mouchoir. Chacun, chacune adressait à la fratrie Champollion un larmoyant au-revoir.

Le postillon, tricorne sur sa tête en habit vert Empire, plaque de métal réglementaire au bras affichant aigle impérial et nom de sa compagnie, annonce au son du cor le signal du départ. Il vient de grimper à gauche sur son cheval bricolier. Machinalement, il encourage d’une caresse le cheval voisin de droite, le limonier, puis, deux hennissements, , les badauds s’écartent, la voiture s’ébranle.

 

Émiland le courageux falotier que Figeac surnommait le falosophe* court quelques mètres à côté du portillon     adressant à ses amis un dernier conseil:

Prenez bien soin de vous ! Vous verrez, Paris est une ville de boue, de pluie et de bruits !

Va, Jean-François, va t’en leur montrer ce qu’est un     Grenoblois !

Cadet penché au portillon lui criait : - Et c’est de qui cette phrase?

Émiland s’arrêta de courir et, pointant son doigt sur lui, s’écria : - Ça, c’est de Moi!

 

Jean-François Champollion-Jeune pleure. Il pense à ses     amis, à sa famille, à ses montagnes. Il pense à ce “Cadet“ qu’il n’est plus maintenant. Adieu Cadet, voici “Saghir“!

* Falosophe : nom que j’ai imaginé, mélange des deux mots  falotier et           philosophe.

 

 

L’Égypte est là, l’Égypte est là, l’Égypte est là mais les grenoblois ne la voient pas…

 

- Charlotte !

- Oui père…

- À quelle heure as-tu été prendre l’lait ç’matin?

- Comme d’habitude père, j’sais pas trop, vers quat’heures.

- Et as-tu vu un tas d’sable devant les écuries ?

- Ben oui, m’semble bien. J’croyais qu’c’était toi. C’était point toi ?

- Ben non. Où s’trouve ton frère ?

- J’crois bien qu’il fait comme toujours à courir un bout     derrière la malle qui part.

Tiens, le v’là qui r’vient, j’vai l’chercher. Maxime, va     voirl’père qui t’demande.

- Maxime, te v’là… Dis mon gars, t’aurais vu ç’matin toi aussi un tas d’sable devant l’écurie ? Tout le monde l’a vu  sauf moi et maintenant y est plus, et personne n’a rien vu.

- Oui père moi j’l’ai bien vu, j’croyais qu’c’était toi ! J’ai briqué la malle des Champollion, y en avait dedans aussi, pis d’un coup y a eu un souffle de vent, sec, et plus rien.

- Comment ça, y en avait dedans ? Y avait d’ce sable aussi dans la voiture ?

- Ben oui père, et pas qu’un peu, ça brillait drôlement pis y faisait chaud là-dedans…

- Qu’est que c’est que ce tour de passe-passe ? Personne c’te nuit n’est v’nu ici la prendre ?

- Bah non père, tu dors au-dessus et ça aurait fait un       raffut du diable si on avait tenté d’la sortir, tu penses bien.

- Et tout à disparu d’un coup, comme ça ? Un coup de vent et pffffft, plus rien ?

- Ben oui, enfin, c’est bizarre, y a quand même quê’que     chose :

Ç’matin de très bonheur est passé un jeune homme. On     aurait dit qu’il était ailleurs, qu’il rêvait d’bout. J’me       rappelle, il m’a salué quand j’l’ai croisé, il v’nait d’la       place. 

J’sais pas pourquoi, je m’suis r’touné et j’l’ai vu prendre     une poignée de ç’sable.

- Et après ?

- Après ? J’sais plus trop. Il m’a regardé, m’a souri, a laissé échapper doucement le sable de sa main. Moi j’partais au pain, lui, il allait tout droit vers la Grand’Rue. Il’m’semble qu’il a marmonné un truc du genre : elle est là, elle veille   sur moi. Quequ’chose comme ça.

- Elle veille sur moi ?  Qu’est-qu’c’est qu’ce truc? Et, c’est tout ?

- Ben oui père, sauf qui r’semblait drôl’ment au jeune       Champollion. Et c’est tout. J’peux y aller ?

- Oui, va mon grand.

 

 

 

                                             FIN.

 

 

 

 

                                                           

 

 

 

 

                                                                                                      

MISSION CHAMPOLLION

 



Par Patrick Kararsi

  

   

Statue de Bartholdi – Collège de France .   « Je veux consacrer ma vie à l’antique Egypte. » JF Champollion. Statue de Bartholdi – Collège de France . « Je veux consacrer ma vie à l’antique Egypte. » JF Champollion .
JFC par Mauzaisse 1830 (Copie, don de Mr Hervé Champollion) JFC par Mauzaisse 1830 (Copie, don de Mr Hervé Champollion)
JFC par Rougé JFC par Rougé
JFC par Étex JFC par Étex
JFC à l'IFAO au Caire JFC à l'IFAO au Caire
JFC JFC
JFC par Mme de Rumilly 1823 JFC par Mme de Rumilly 1823
JFC par Angelelli 1836 JFC par Angelelli 1836
Hermine Hartleben 1ère biographe de JFC 1906 (Don de Mr Martin Hartleben) Hermine Hartleben 1ère biographe de JFC 1906 (Don de Mr Martin Hartleben)
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