Lumineux-Champollion
  Lumineux-Champollion

LE VOYAGE EN ÉGYPTE.          1ère PARTIE



              18 août 1828 / 5 décembre 1829


« Chaque homme renferme en soit un monde à part, étranger aux lois et aux destinées générales des siècles. »

                                                                                                                                                      François-René de Chateaubriand

                                                                                                                                                                                    

« Admire les choses qui sont devant toi. »

                                                                                     Clément d’Alexandrie    

 

 

« Voici donc le moment d’aller faire nos dévotions dans la cathédrale de     Thèbes. »

                                                   Jean-François Champollion

 

 

 

À bord de l’Églé, 18 août 1828, la terre d’Égypte est en vue…

 

-On aperçoit d’assez bonne heure, sur la côte blanchâtre     d’Afrique, et sur un point privé aujourd’hui de toute     végétation, comme il a pu l’être dans tous les temps,   l’emplacement de l’ancienne Taposiris, maintenant Abousir. 

                                   (Lettres et journaux)

 

Lettre à Champollion-Figeac …

 

-Je suis arrivé le 18 août sur cette terre d’Égypte, après laquelle je soupirais depuis si longtemps. Jusques ici, elle m’a traité en mère tendre, et j’y conserverai, selon toute     apparence, la bonne santé que j’y apporte. J’ai pu boire de l’eau fraîche à discrétion, et cette eau-là, c’est l’eau du Nil…

                                          (Lettres et journaux)

 

De vagues en vagues, toutes voiles dehors, l’Églé a survolé l la Méditerranée plutôt qu’il ne l’a naviguée. Son hôte a     hâte…

Le scribe « d’occidant » se tient à la rambarde. L’ « or- riant » est là, pas loin, droit devant…Il ferme les yeux, inspire profondément pour à jamais retenir en lui toutes ces senteurs particulières de mer, de terre et de l’air, de sables brûlants, de terres arides, d’épices et d’encens, d’hommes et de bêtes, émanant du port d’Alexandrie et qui viennent à lui.

En ces instants de calme précédant l’ '« intérieure         tempête », il se remémore son serment de jeunesse : « Je veux consacrer ma vie à l’antique Égypte. »

 

-Plus que quelques lieues et enfin…

Mais comment dire ce que je ressens ? Une impression de bien-être, un peu comme-ci je rentrais chez moi après des siècles de manque et d’absence… Oui en somme voilà, c’est ce qui se rapproche le plus de ce sentiment, mais en     nettement moins « démonstratif ».

 

 

Le déchiffreur remarque une chose étrange. Un tourbillon de sable s’extrait de la côte et semble se diriger vers l’Églé. Est-ce ce vent sec et brûlant que l’on nomme       « khamsin » ? Les voiles claquent, les yeux piquent, Jean-François n’a pas le temps de cacher son visage dans ses mains, (en avait-il seulement le désir,) qu’il sent sur l’une de ses joues d’abord un souffle chaud puis comme une caresse…

 

Il sait… Il reconnaît ce grain doré arrivant tout droit du vieux pays où sont ensevelis temples et tombes, Reines et Rois. Les vieux égyptiens lui souhaitent en quelque sorte la bienvenue ici, chez eux, chez lui.

 

Car, cela fait si longtemps qu’ils attendent, si longtemps… Ils vont pouvoir parler, s’exprimer, raconter…

Photo d’Alexandrie Vie Prospérité Santé

Qu’on demande à un homme débarquant après quelques semaines de traversée, qu’est-ce qu’il y a de plus délicieux au monde, il répondra : de l’eau bien fraîche ! J’étais un de ces hommes et j’avalais de l’eau de Nil !

                                                                                  (19 août 1828, lettres et journaux)

 

 

Les paroles du génial déchiffreur seront dans ce chapitre omniprésentes.

Personne au monde, (mis à part les anciens égyptiens eux-mêmes, et encore fallait-il pouvoir les lire), n’a su évoquer « l’Égypte » de manière si pertinente et si vivante, de façon si simple et en même temps si forte.

Chateaubriand, Flaubert, Gautier, Nerval et combien d’autres encore l’ont contée, fut-ce de manière romantique, romanesque, énigmatique, mystérieuse, voire ésotérique, mais à vrai dire, aucun de leurs ouvrages ne rendra plus crédible, et ne restituera de façon si poignante, si vivante, la Mère de nos civilisations comme les « Lettres et       journaux écrits pendant le voyage d’Égypte » de Jean-François Champollion. Le déchiffreur a toujours su qu’elle se suffisait à elle-même… Il l’explore, la sent, la ressent, l’écoute, la traduit, l’explique, l’anime si naturellement que s’en est déconcertant.

Il n’imagine rien, pas plus qu’il n’invente ni ne crée… Il raconte ce qu’il « entend », ce qu’il voit. À son contact, l’Égypte respire… Et son magnétisme est tel que chacun   des hiéroglyphes se laisse apprivoiser, se confiant à lui, laissant ainsi la réalité faire grand ombre sur la fiction et l’incompréhension.

Chaque évocation de « son monde » semble comme sortie de la bouche d’un prêtre de Thèbes, de la tablette d’un scribe royal, c’est un doux murmure que cette face forte et sereine d’une statue de granit vous susurre à l’oreille, pour peu l’on croirait voir s’animer et entendre un bas-relief…

Incomparable Jean-François Champollion !

Il lui fait face… Elle, elle vit, comme aux premiers de ses jours.

Il n’est point corrompu et tirera de ce parfum       insaisissable, l’essence la plus essentielle, la plus pure qui   soit.

Sa spiritualité est immersive, l’âme de l’Égypte et la sienne sont Une.

5000 ans sont là, sous ses yeux qui attendent… Il se     souvient… Alors, place à la Lumière !

 

-(…) Mais si par hasard nous sommes seuls sur le grand chemin du monde…

                                                                (Lettre à Figeac, Toulon, le 29 juillet 1828)

 

 

C’est Monsieur le Consul de France, Bernardino Drovetti, qui accueille le commandant de l’Églé Cosmao Dumanoir, Charles Lenormant, et Jean-François Champollion. Ils seront installés dans l’ancienne demeure du malheureux Kleber.

 

Jean-François écrit à son frère :

  

Je supporte la chaleur on ne peut mieux ; il semble que je suis né dans le pays, et les Francs ont déjà trouvé que j’ai tout à fait la physionomie d’un copte. Ma moustache, noire à faire plaisir et déjà fort respectable, ne contribue pas mal à m’orientaliser la face.

                       (Lettres et journaux, le 23 août 1828)

       

Les présentations au Pacha Méhemet Ali faites, les firmans (laisser-passer) accordés, l’aventure pouvait débuter. Sauf que, le Consul Drovetti, s’étant auto-proclamé « Grand Maitre des fouilles » en Égypte, et de surcroit ayant une légère appréhension vis à vis de Champollion « Cadet », arrivé lui en cette terre de par la volonté du Roi de France afin d’embellir le musée égyptien, s’imagina d’influencer le Pacha afin que celui-ci bride un peu cette expédition franco-toscane de manière à rester seul maitre des antiquités.

Hélas pour le maladif Consul, mon héros a du panache, du cœur, du cran, et la diplomatie… « disuasive » !

Il aurait certes bien pu mettre un genou à terre devant Pharaon, notre champion de Champollion, mais ni Drovetti ni le Pacha ne le sont… Alors, en avant toute… Direction le Nil, les temples ; marchons droit vers Pharaon !

                                                                                                   Suite page 2

MISSION CHAMPOLLION

 



Par Patrick Kararsi

  

   

Statue de Bartholdi – Collège de France .   « Je veux consacrer ma vie à l’antique Egypte. » JF Champollion. Statue de Bartholdi – Collège de France . « Je veux consacrer ma vie à l’antique Egypte. » JF Champollion .
JFC par Mauzaisse 1830 (Copie, don de Mr Hervé Champollion) JFC par Mauzaisse 1830 (Copie, don de Mr Hervé Champollion)
JFC par Rougé JFC par Rougé
JFC par Étex JFC par Étex
JFC à l'IFAO au Caire JFC à l'IFAO au Caire
JFC JFC
JFC par Mme de Rumilly 1823 JFC par Mme de Rumilly 1823
JFC par Angelelli 1836 JFC par Angelelli 1836
Hermine Hartleben 1ère biographe de JFC 1906 (Don de Mr Martin Hartleben) Hermine Hartleben 1ère biographe de JFC 1906 (Don de Mr Martin Hartleben)
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